Josué Tanaka

Josué Tanaka

Premières victimes du dérèglement climatique, les pays en développement sont au cœur des enjeux discutés à la COP21, organisée depuis le 30 novembre à Paris. En matière de financement notamment, les besoins sont colossaux afin de concilier impératifs de développement et protection du climat.

Présente sur le site du Bourget, la rédaction de Toute l’Europe a rencontré Josué Tanaka, directeur général à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) pour les activités d’efficacité énergétique et de lutte contre le changement climatique. Selon lui, les projets relatifs au développement durable sont compatibles avec la rentabilité.

Touteleurope.eu : Que fait la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) pour soutenir le développement durable ?

Josué Tanaka : Depuis 2006, nous avons développé une activité qui est focalisée sur cet enjeu. Nous avons démarré avec la Sustainable Energy Initiative [Initiative pour l’énergie durable], qui avait deux sujets principaux : l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Et ce travail, on le fait à trois niveaux. Comme nous sommes une banque, évidemment, nous finançons. Mais nous travaillons également sur les aspects politiques, ainsi que, troisièmement, sur les créations et renforcements de capacités, tant dans le secteur privé que dans le secteur public.En pratique, sur cette période de dix ans, nous avons investi environ 18 milliards d’euros en financement propre et presque 100 milliards d’euros en valeur totale, dont les deux tiers proviennent du secteur privé. La BERD a été créée après la chute du mur de Berlin et la logique de l’institution est de travailler étroitement avec le secteur privé. En 2006, notre action dans le domaine du développement durable représentait environ 3% de nos financements. Aujourd’hui, nous sommes passés à 25% environ et, à Lima, en octobre dernier lors d’une réunion des ministres des Finances, nous avons annoncé notre intention de passer à 40% d’ici 2020.

Josué Tanaka est directeur général pour les activités de la BERD en matière d’efficacité énergétique et de lutte contre le changement climatique depuis 2006 et travaille dans l’institution depuis 1991. Diplômé de Princeton et du Massachusetts Institute of Technology, Josué Tanaka a également travaillé à la Banque mondiale.

Pouvez-vous nous donner des exemples de projets concrets dans lesquels s’implique la BERD en matière de développement durable ?

Inaugurée en 1991, la BERD a été créée afin de faciliter le passage à l’économie de marché des pays d’Europe centrale et orientale à la suite de la chute du mur de Berlin. Financée par 34 acteurs étatiques et institutionnels d’Europe des cinq continents, la BERD opère désormais dans 45 pays d’Europe orientale, du bassin méditerranéen et d’Asie.

Oui, par exemple, nous avons financé en Turquie l’un des plus grands projets du pays concernant les énergies renouvelables, notamment géothermales. Nous travaillons également, dans le domaine de l’efficacité énergétique, en collaboration avec des entreprises du secteur sidérurgique, pour des projets représentant chacun plusieurs centaines de millions de dollars. Ce sont des projets de transformation technologique qui concernent souvent des investisseurs stratégiques, comme le groupe Lafarge par exemple, qui a investi dans la cimenterie dans certains pays. Nous intervenons alors pour travailler sur l’efficacité énergétique des installations construites.

Dans le même temps, il est aussi très important de ne pas occulter les ‘petits’ projets, comme celui que nous avons au Kirghizstan concernant des constructions de fenêtres, qui est l’un de nos projets les plus modestes. Cette action climatique, elle est constituée de gros projets, qui seront nécessaires pour avoir un impact important, mais elle ne se fera pas sans les petites et moyennes entreprises, omniprésentes dans les pays de l’ex-bloc soviétique dont la BERD s’occupe principalement.

Les investissements de la BERD et des institutions similaires sont-ils suffisants pour concilier le développement des pays émergents et la lutte contre le changement climatique ?

Pour la BERD, c’est une fausse question. Car quand je mentionne la part majoritaire du secteur privé dans nos investissements, aucune des entreprises avec lesquelles nous travaillons ne s’implique si le projet n’est pas rentable. Après, notre travail à la BERD est de traduire l’équation climatique en une équation économique, puis en une équation financière. Le jour où l’on peut montrer que le taux de retour sur un investissement d’efficacité énergétique est en fait plus élevé que le taux de retour du projet original, la contradiction s’évanouit. A la BERD, tous les projets que nous finançons en matière de développement durable sont  commercialement et économiquement valables.

Etes-vous optimiste quant à la constitution du Fonds vert pour le climat, qui peine être abondé des 100 milliards de dollars prévus ?

Incontestablement, le Fonds vert et les fonds concessionnels en général sont extrêmement importants. Personnellement, je pense qu’il y a une équation entre la décision politique qui émanera de la COP21 et le montant du fonds dont nous avons besoin. Plus les politiques issues de la COP21 seront claires et volontaristes, moins il y aura un besoin de fonds concessionnels importants. Car finalement, ces derniers sont créés pour compenser la faiblesse des signaux qui existent aujourd’hui.

La BERD a été créée pour opérer dans l’ex-bloc soviétique. Elle est désormais impliquée dans de nombreux pays méditerranéens. Les activités de la Banque sont-elles appelées à s’étendre encore davantage ?

La BERD a été créée comme un produit de l’histoire. Quand le mur de Berlin est tombé, il y a eu une réflexion sur comment appuyer la transition des pays communistes vers l’économie de marché. Cela a donné la BERD. Lorsqu’il y a eu le Printemps arabe, il y a eu une réflexion similaire, au cours de laquelle les actionnaires ont pensé que les instruments développés jusqu’ici par la Banque pouvaient être utiles, notamment concernant l’appui aux PME, ou encore le financement climatique.

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Dès lors, l’extension des activités de la BERD dépend de la volonté politique des pays actionnaires. Pour l’instant, la dernière grande décision du comité de direction a été d’approuver l’objectif des 40% de nos financements en faveur de projets relatifs au développement durable.

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