Insertion professionnelle des jeunes AfricainsEn 2013, le monde comptait 75 millions de jeunes au chômage dont 38 millions vivant en Afrique.
Le constat de Dramane Haïdara, spécialiste des stratégies du développement de l’Emploi au bureau dakarois de l’Organisation internationale du Travail (OIT) est alors sans appel : « Le monde s’enfonce dans une crise de l’emploi sans précédent. L’Afrique subsaharienne demeure la région du monde la plus touchée par cette crise ». Et comme en Occident, ce sont les jeunes les premiers touchés.

Pendant le mois de juillet, l’Année européenne pour le Développement se penche tout particulièrement sur les jeunes et les enfants. Avec plus de 200 millions de personnes âgées entre 15 et 24 ans (selon les chiffres de l’ONU), l’Afrique est le continent le plus jeune de la planète, et l’Unesco estime que les pays d’Afrique sub-saharienne ont la plus grande proportion de moins de 30 ans dans la population mondiale (70 %).

Malgré le fort taux de croissance dans cette région et un taux de chômage relativement bas (6 %), 60 % des chômeurs africains sont des jeunes. En Afrique du Nord, le taux de chômage des jeunes atteint 30 %.
Et ces statistiques ne prennent pas en compte les emplois précaires qui ne permettent pas aux jeunes Africains de vivre correctement. Ainsi, la jeunesse africaine est coincée entre chômage ou précarité. Aujourd’hui,  un jeune sur huit n’a  pas d’emploi, tandis qu’un sur quatre est cantonné à un emploi précaire qui ne lui permet pas d’améliorer sa situation économique.

Les causes de ce problème sont multiples et liées entre elles. Entre une éducation lacunaire, un essor économique insuffisant et un problème d’adéquation entre la formation et les besoins économiques, les chantiers sont nombreux et vastes.

Quand l’école ne répond plus aux attentes

Si le taux net de scolarisation moyen est passé de 54 % à 70 % en Afrique subsaharienne entre 1999 et 2006, il connaît encore de fortes disparités entre les régions, les milieux socio-économiques et les sexes. Les abandons en cours de scolarité sont très élevés dans de nombreux pays. En Afrique subsaharienne, si neuf enfants sur dix entrent désormais en première année d’école primaire, seulement deux sur trois achèvent le cycle.

Pendant longtemps, les pays africains ont choisi comme priorité  « l’éducation pour tous » pour que chacun puisse apprendre à lire et à écrire. Le secrétaire général des Nations Unis Ban Ki-Moon a d’ailleurs déclaré : « Nous souhaitons que tous les enfants aillent à l’école primaire et progressent vers l’enseignement secondaire et un enseignement supérieur pertinent, ce qui les aidera à réussir dans la vie et à devenir des citoyens du monde engagés et productifs ». C’est une ambition noble et nécessaire et l’éducation primaire pour tous fait bien partie des Objectifs du Millénaire pour le Développement, mais ce n’est aujourd’hui plus suffisant : le rôle de l’éducation dans le développement ne saurait se contenter de l’alphabétisation.

Le problème est en effet double : non seulement le taux d’alphabétisation reste un des plus faibles au monde en Afrique, mais même la résolution de ce problème seul ne permet pas d’endiguer le chômage des jeunes.

Le niveau d’instruction a certes fortement augmenté : en l’espace de dix ans, le nombre de jeunes diplômés en Afrique a triplé pour atteindre 4,9 millions. Or, c’est aussi une partie du problème. L’économie des pays africains n’a pas suivi cette explosion. Selon le Bureau international du travail (BIT), entre 2000 et 2007, la population active africaine a augmenté de 96 millions pendant que les emplois ont crû seulement de 63 millions. En résumé, il y a plus de demandeurs d’emploi que de postes.
À cela s’ajoute le problème du déséquilibre des filières. En 2013, 75 % de bacheliers étaient spécialisés dans les lettres, contre 25 % en sciences. Or les sciences humaines correspondent peu  aux besoins économiques africains, ni aux secteurs économiques qui embauchent aujourd’hui. Impossible, dans ces conditions, de trouver un emploi. À la place du chômage, les jeunes Africains doivent alors se contenter de jobs qui ne correspondent aucunement à leur cursus de formation.

La stratégie de « l’école pour tous » montre aujourd’hui ses limites et se doit d’être approfondie, couplée à une véritable vision économique. Car outre ces diplômés qui ne trouvent pas d’emplois correspondant à leur qualifications, il faut aussi comptabiliser ces millions de jeunes de 15 à 24 ans qui n’ont pas achevé l’école primaire et peinent eux aussi à accéder à l’emploi. Selon un rapport de l’OCDE publié en 2012, 160 millions d’adultes dans les pays développés n’ont pas les qualifications nécessaires pour postuler à un emploi.

L’Afrique se retrouve ainsi soit avec des jeunes diplômés à qui on ne peut donner de poste, soit avec des jeunes sous-qualifiés qui n’ont aucune chance de faire leur place.

L’ensemble du système d’éducation est globalement inadapté aux réalités économiques africaines. L’offre de formation ne répond que très partiellement aux besoins en compétences des entreprises, les formations techniques et professionnelles sont peu nombreuses et lacunaires. Un tel décalage entre les besoins du marché et l’éducation nécessite de réévaluer la pertinence des formations ainsi que le contenu de leurs programmes.

En sachant que les jeunes constituent la majeure partie de la population africaine, un tel constat ne peut qu’inquiéter : avec un taux de chômage aussi élevé, le taux de pauvreté atteint 47,5 % dans tout le continent, avec tous les risques d’instabilité sociale que cela implique.
Cette jeunesse frustrée et livrée à elle-même devient la cible idéale de groupes extrémistes comme Al-Qaïda. Selon une enquête réalisée par la Banque mondiale, environ 40 % de ceux qui rejoignent des mouvements rebelles et terroristes seraient motivés par le manque d’emplois.

Combiner formation et emploi

En 2009, les dirigeants africains se sont réunis dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba pour tenter d’endiguer le chômage des jeunes. En lançant la « Décennie de la jeunesse africaine » (2009-2018), ils ont consacré la nécessité de lutter à la fois contre le chômage et le sous-emploi.
Pour tenir cet engagement, de nombreux pays ont multiplié les initiatives. Par exemple, le Ghana a mis en place un service national de la jeunesse et des programmes afin de doter les diplômés de l’enseignement supérieur des compétences requises et à les aider à trouver un emploi. La Zambie a de son côté créé un fonds pour les jeunes entrepreneurs afin de stimuler la création d’emplois. Pour aider à l’insertion, le gouvernement béninois compte rénover et adapter le dispositif de formation professionnelle, notamment par le biais de certificats de qualification professionnelle.

La formation ne peut plus se faire uniquement selon une approche purement académique, mais au contraire en lien avec les entreprises. Il faut en effet mieux prendre en compte les besoins des acteurs économiques et s’en rapprocher ; il ne s’agit plus seulement de former pour qualifier, mais de former pour insérer.

Une autre piste d’insertion professionnelle est aussi envisageable : au lieu de former une personne pour qu’elle puisse intégrer une entreprise, certains programmes proposent d’abord d’intégrer la personne dans l’entreprise pour ensuite la former. Cela permet aux jeunes sans qualification d’être éduqués non pas par l’école, mais via l’emploi.

Il est alors indispensable de développer les collaborations avec les entreprises. C’est le cas de l’Agence française du développement qui travaille dans de nombreux pays d’Afrique (Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire)  avec le secteur privé  afin de former de jeunes Africains dans des domaines porteurs comme l’énergie ou l’agriculture.

 

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